Biographie
Artiste française, Jeanne Laganne (née Jeanne Canavaggia en 1900 à Castelsarrasin, près de Toulouse – morte en 1995 à Paris) a traversé tout le XXe siècle, passant du figuratif à l’expressionnisme puis à une abstraction lyrique et informelle très personnelle.
La genèse et les débuts
Issue d’une famille bourgeoise provinciale, Jeanne est la cadette de trois sœurs surdouées. Dès l’enfance, elle dessine sans cesse. Son père l’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Nîmes où elle obtient deux premiers prix. Elle signe d’abord ses œuvres du monogramme JC (Jeanne Canavaggia), puis JL après son mariage en 1921 avec André Laganne, pilote de chasse. Ses premières œuvres sont sages (portraits, pastels, copies de musées) mais on y devine déjà une personnalité forte, une peinture charnelle et une sensibilité aig à la « tragédie humaine ».
L’essor (1932-1944)
En 1932, à 32 ans, Jeanne Laganne expose pour la première fois au Salon des Beaux-Arts du Grand Palais et est immédiatement remarquée par la critique (Le Temps, Revue Moderne des Arts). Elle participe ensuite aux Salons des Tuileries.
En 1936, son mari est muté à Alger : cette ville méditerranéenne transforme sa palette et son regard. Elle y expose avec succès (galerie Charlet en 1936, galerie Dominique en 1944) et le musée des Beaux-Arts d’Alger acquiert plusieurs toiles. L’Algérie restera pour elle un choc déterminant, « un amour de la vie » qu’elle évoquera encore en 1962.
Sa rencontre avec Jean Dubuffet grâce à sa sœur aînée Marie Canavaggia – traductrice des critiques des premières expositions américaines de Dubuffet (traduction que l’artiste fera publier accompagnée des photos de ses œuvres exposées à New York) – sera décisive.
La rencontre de Jeanne Laganne avec Dubuffet, à la fin des années 1940, marque un véritable tournant dans sa carrière. Dubuffet l’encourage vivement, échange avec elle par lettres, dès 1945. Il exerce une influence décisive sur sa période expressionniste. Sous son impulsion, la peinture de Jeanne Laganne se libère radicalement : la matière s’épaissit, les personnages prennent une dimension fantastique et inquiétante, la touche devient plus violente et expressive. Dubuffet lui-même lui écrit en 1947 : « Ce que vous me dites de l’effet stimulant qu’ont exercé sur votre travail mes peintures me donne une grande joie. » De 1945 à 1955, Jeanne traverse une période de recherche intense, abandonnant progressivement le figuratif pour l’abstraction tout en flirtant un temps avec le Parti communiste, sans jamais céder au réalisme socialiste. La période expressionniste (1946-1952). En 1946-1948, elle expose à la galerie Carmine, au Salon d’Automne et surtout à la galerie Jeanne Castel (mai 1948) avec 25 toiles expressionnistes très fortes. La critique salue « un expressionnisme fougueux », « des monstres et personnages de cauchemar », une réelle intensité. Elle travaille en quatre phases (idée → croquis → croquis colorisé → toile) . En 1952 elle s’installe définitivement à Paris et publie son deuxième roman, Les bras ouverts.
La période abstraite et l’apogée (1953-1966)
C’est au Studio Facchetti (mars 1953 puis octobre 1953) qu’elle fait sa première grande exposition personnelle et de groupe à Paris. C’est aussi là qu’elle fait la connaissance de Michel Tapié, critique d’art majeur, conseiller artistique de Paul Facchetti et auteur du manifeste Un Art Autre (1952), qui à son tour joue un rôle central dans l’évolution du style de Jeanne Laganne. En 1955, son style devient totalement abstrait. C’est Michel Tapié qui la fait entrer à la galerie Stadler (contrat de 1955 à 1962) et qui rédige la préface de son exposition personnelle de mars 1956. Tapié intègre Jeanne Laganne à tous ses grands projets internationaux : il la cite dans ses livres phares (Morphologie Autre, Aventure Informelle…), l’inclut dans les expositions collectives à l’étranger, les contacts avec le groupe Gutai au Japon et les manifestations new-yorkaises.
C’est précisément pendant cette période d’apogée de l’abstraction lyrique (1955-1966) que Jeanne Laganne acquiert une notoriété internationale. Elle multiplie les expositions à succès en Europe (galerie Stadler à Paris, galerie Kasper à Lausanne, Lenbach Gallerie à Munich, Musée d’art moderne à Turin etc.) et aux États-Unis, notamment à la galerie Thibaut à New York (expositions personnelles en 1960 et 1962, exposition de groupe en 1961). Sa peinture abstraite est unique : elle allie geste, matière et forme. Elle puise son insporation dans les fissures de murs, les réparations de bitume, les crépis. Couleurs mates (verts de gris, ocres, terres) rehaussées de noirs brillants et de rouges éclatants en coulures. Elle utilise très tôt l’acrylique, peint au sol, travaille longuement chaque toile : sa production reste limitée (moins de 1 500 œuvres). De 1960 à 1966, elle vit l’apothéose de l’abstraction lyrique et informelle. En 1967, elle participe encore à l’exposition Devenir de l’abstraction chez Stadler.
Les années 1970-1995 : fidélité et continuité
Elle reste fidèle à l’abstraction tout en l’assouplissant (couleurs plus chatoyantes, formes plus complexes). Elle travaille avec la galerie de l’Université (près des Champs-Élysées) et la galerie Pierre Lescot. En 1972, Joël Derval, critique d’art dans le quotidien Combat, parle de « l’ascension de Jeanne Laganne ».
La reconnaissance historique de son rôle dans la peinture des années 1950-1960 arrive dans les années 1980 : exposition Paris-Paris au Centre Pompidou (1981), numéro spécial de la revue Beaux-Arts en 1985 sur la peinture des années 50 qui la cite parmi les artistes-clés. Ses deux dernières expositions (rétrospectives) ont lieu en 1988 et 1990 à la galerie Pierre Lescot.
Jeanne Laganne s’éteint à 95 ans dans son atelier, laissant une œuvre intense, cohérente et profondément humaine qui couvre tout le XXe siècle.
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La genèse et les débuts
Issue d’une famille bourgeoise provinciale, Jeanne est la cadette de trois sœurs surdouées. Dès l’enfance, elle dessine sans cesse. Son père l’inscrit à l’École des Beaux-Arts de Nîmes où elle obtient deux premiers prix. Elle signe d’abord ses œuvres du monogramme JC (Jeanne Canavaggia), puis JL après son mariage en 1921 avec André Laganne, pilote de chasse. Ses premières œuvres sont sages (portraits, pastels, copies de musées) mais on y devine déjà une personnalité forte, une peinture charnelle et une sensibilité aig à la « tragédie humaine ».
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L’essor (1932-1944)
En 1932, à 32 ans, Jeanne Laganne expose pour la première fois au Salon des Beaux-Arts du Grand Palais et est immédiatement remarquée par la critique (Le Temps, Revue Moderne des Arts). Elle participe ensuite aux Salons des Tuileries.
En 1936, son mari est muté à Alger : cette ville méditerranéenne transforme sa palette et son regard. Elle y expose avec succès (galerie Charlet en 1936, galerie Dominique en 1944) et le musée des Beaux-Arts d’Alger acquiert plusieurs toiles. L’Algérie restera pour elle un choc déterminant, « un amour de la vie » qu’elle évoquera encore en 1962.
Sa rencontre avec Jean Dubuffet grâce à sa sœur aînée Marie Canavaggia – traductrice des critiques des premières expositions américaines de Dubuffet (traduction que l’artiste fera publier accompagnée des photos de ses œuvres exposées à New York) – sera décisive.
La rencontre de Jeanne Laganne avec Dubuffet, à la fin des années 1940, marque un véritable tournant dans sa carrière. Dubuffet l’encourage vivement, échange avec elle par lettres, dès 1945. Il exerce une influence décisive sur sa période expressionniste. Sous son impulsion, la peinture de Jeanne Laganne se libère radicalement : la matière s’épaissit, les personnages prennent une dimension fantastique et inquiétante, la touche devient plus violente et expressive. Dubuffet lui-même lui écrit en 1947 : « Ce que vous me dites de l’effet stimulant qu’ont exercé sur votre travail mes peintures me donne une grande joie. » De 1945 à 1955, Jeanne traverse une période de recherche intense, abandonnant progressivement le figuratif pour l’abstraction tout en flirtant un temps avec le Parti communiste, sans jamais céder au réalisme socialiste. La période expressionniste (1946-1952). En 1946-1948, elle expose à la galerie Carmine, au Salon d’Automne et surtout à la galerie Jeanne Castel (mai 1948) avec 25 toiles expressionnistes très fortes. La critique salue « un expressionnisme fougueux », « des monstres et personnages de cauchemar », une réelle intensité. Elle travaille en quatre phases (idée → croquis → croquis colorisé → toile) . En 1952 elle s’installe définitivement à Paris et publie son deuxième roman, Les bras ouverts.
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La période abstraite et l’apogée (1953-1966)
C’est au Studio Facchetti (mars 1953 puis octobre 1953) qu’elle fait sa première grande exposition personnelle et de groupe à Paris. C’est aussi là qu’elle fait la connaissance de Michel Tapié, critique d’art majeur, conseiller artistique de Paul Facchetti et auteur du manifeste Un Art Autre (1952), qui à son tour joue un rôle central dans l’évolution du style de Jeanne Laganne. En 1955, son style devient totalement abstrait. C’est Michel Tapié qui la fait entrer à la galerie Stadler (contrat de 1955 à 1962) et qui rédige la préface de son exposition personnelle de mars 1956. Tapié intègre Jeanne Laganne à tous ses grands projets internationaux : il la cite dans ses livres phares (Morphologie Autre, Aventure Informelle…), l’inclut dans les expositions collectives à l’étranger, les contacts avec le groupe Gutai au Japon et les manifestations new-yorkaises.
C’est précisément pendant cette période d’apogée de l’abstraction lyrique (1955-1966) que Jeanne Laganne acquiert une notoriété internationale. Elle multiplie les expositions à succès en Europe (galerie Stadler à Paris, galerie Kasper à Lausanne, Lenbach Gallerie à Munich, Musée d’art moderne à Turin etc.) et aux États-Unis, notamment à la galerie Thibaut à New York (expositions personnelles en 1960 et 1962, exposition de groupe en 1961). Sa peinture abstraite est unique : elle allie geste, matière et forme. Elle puise son insporation dans les fissures de murs, les réparations de bitume, les crépis. Couleurs mates (verts de gris, ocres, terres) rehaussées de noirs brillants et de rouges éclatants en coulures. Elle utilise très tôt l’acrylique, peint au sol, travaille longuement chaque toile : sa production reste limitée (moins de 1 500 œuvres). De 1960 à 1966, elle vit l’apothéose de l’abstraction lyrique et informelle. En 1967, elle participe encore à l’exposition Devenir de l’abstraction chez Stadler.
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Les années 1970-1995 : fidélité et continuité
Elle reste fidèle à l’abstraction tout en l’assouplissant (couleurs plus chatoyantes, formes plus complexes). Elle travaille avec la galerie de l’Université (près des Champs-Élysées) et la galerie Pierre Lescot. En 1972, Joël Derval, critique d’art dans le quotidien Combat, parle de « l’ascension de Jeanne Laganne ».
La reconnaissance historique de son rôle dans la peinture des années 1950-1960 arrive dans les années 1980 : exposition Paris-Paris au Centre Pompidou (1981), numéro spécial de la revue Beaux-Arts en 1985 sur la peinture des années 50 qui la cite parmi les artistes-clés. Ses deux dernières expositions (rétrospectives) ont lieu en 1988 et 1990 à la galerie Pierre Lescot.
Jeanne Laganne s’éteint à 95 ans dans son atelier, laissant une œuvre intense, cohérente et profondément humaine qui couvre tout le XXe siècle.
